[Livre] Quartier Lointain-Jirô Taniguchi : La critique

Publié le par Hamoniac

[Livre] Quartier Lointain-Jirô Taniguchi : La critique

Je ne suis pas un grand fan de mangas. Je trouve que les séries à rallonges qui durent 80 tomes et quelques ne sont pas pour moi. Car comme dit ma grand-mère : « La décadence est le fruit des éternels » (Ma grand-mère n’a jamais dit ça mais je trouvais ça plus classe. Me jugez pas.) Intrigue perdant toute vraisemblance, chapitres à rallonges, ajout de personnages inutiles, la manga shônen grand public est vraiment agaçant et ne sert pas le média. Souvent la brièveté est plus éclatante que la longévité, et c’est le parti pris de certains auteurs préférant créer des histoires marquantes mais courtes visant un public plus adulte. Jirô Taniguchi a tenté cela avec Quartier Lointain.

Il faut savoir déjà que Jirô Taniguchi est un mangaka très connu et apprécié en France. Il a réalisé de nombreux mangas en partenariat avec des scénaristes mais c’est œuvres les plus connues ont été faites en solo, comme Un Zoo En Hiver, l’Homme Qui Marche et Quartier Lointain dont le premier tome a reçu le prix du meilleur scénario au festival de la BD d’Angoulème. Les écrits de Taniguchi sont souvent des récits de la vie de tous les jours qui ont un certain côté poétique et Quartier Lointain en est un de ses meilleurs exemples.

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L'histoire :

Hiroshi Nakahara est un homme de 48 ans qui après s’être trompé de train en rentrant de son travail, se retrouve dans son village d’enfance. Là il en profite pour voir les différents lieux ou il a vécu et notamment se recueillir sur la tombe de sa mère. Cependant, alors qu’il se prosterne devant celle-ci, Hiroshi tombe et se réveille dans le passé du temps de ses 14 ans. Ce pitsch assez simple donne en fait toute la force à l’œuvre, car même si il revis son enfance, il ne perds pas ses souvenirs d’adulte ce qui fait qu’il comprend et prends conscience de certaines choses auxquelles il n’avait jamais pensé auparavant comme par exemple la relation entre ses parents, son amour de jeunesse et ses amitiés. Mais comme Hiroshi est un personnage un peu gaffeur et porté sur l’alcool, le manga propose des scènes très humoristiques qui présente bien le parallèle entre innocence et maturité, Hiroshi oubliant souvent qu’il n’est qu’un enfant, je vous laisse imaginer les scènes. Chose encore plus forte pour son âge car 14 ans représente aussi le début de l’adolescence.

Le Manga propose de façon équilibrée des scènes de la vie quotidienne assez banales et des réflexions d’Hiroshi. Ces dernières sont très bien faites car elles permettent de connaître un peu le mieux personnage, comment il ressent les choses, ses inquiétudes par rapport aux modifications qu’il pourrait apporter à son passé. Cela rend le personnage très attachant car il sait faire preuve de sagesse, notamment en connaissant le futur des autres personnages, mais il est aussi maladroit et cela donne vraiment de l’humanité au personnage.

Les autres personnages sont un peu plus mis de côté car ayant moins de développement à part certains qui sont clés dans l’histoire. Histoire qui est d’ailleurs très très bonne. Le premier tome est vraiment innocent, Hiroshi retrouve son énergie de jeune garçon et tous lui réussi que ce soit en amour, en amitié ou à l’école. Il fait bien quelques bêtises, maladroit comme il est mais cette première partie est vraiment très légères et permet de mettre en place le scénario beaucoup plus sombre et mystérieux de la deuxième partie. Je ne vous en dirais pas plus car je trouve que c’est un peu gâcher le livre mais la scène finale est absolument déchirante et j’ai rarement pleuré devant un bouquin, mais là c’était le cas.

Le rythme dans l’ensemble est très bon et malgré une apparente simplicité, Taniguchi arrive à nous présenter un japon des années 60 idéalisé et mélancolique, toujours fortement touché par la guerre.

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Le dessin :

Le dessin peut paraître un peu simpliste au premier abord avec des designs pas très compliqués et des scènes un peu statiques. Mais il est par contre très charmant pour deux raisons. Déjà les décors qui sont d’un réalisme maladif. Là aussi on est dans la simplicité car on ne va pas chercher le détail de fou mais plus un ensemble cohérent qui donne du corps à ce Japon des années. Le contexte est réaliste, donc on est plus imprégné par l’univers et l’histoire qui s’y déroule devient encore plus prenante. Je préfère ça à un manga explosif et complètement incohérent qui va briser un peu mon immersion, en tout cas pour le côté émotionnel.

Et deuxième chose, le cadrage. Taniguchi a longtemps dit que pour ses cadrages il s’inspirait de la BD franco-belge pour raconter ses histoires. Plutôt que de réaliser des cadrages diagonaux et très dynamiques, il va poser son histoire sur des cadres carrés et simples qui évitent de trop être perturbé et de bien suivre l’histoire. Ces aspects rendent Quartier Lointain très agréables à lire. Un livre où l’on se pose pour apprécier un univers mélancolique.

Car Quartier Lointain respire la mélancolie. Le livre fait souvent référence aux sacrifices que l’on doit faire tout au long de sa vie et aussi le peu de choses que l’on arrive à faire changer malgré nos efforts. Je n’en dirais pas plus pour ne pas gâcher l’histoire mais de façon surprenante le livre prends un tournant nihiliste assez surprenant pour un livre dont la première partie est assez légère.

Bref je vous recommande vivement ces deux livres. Le dessin n’est peut être pas un claque de technicité mais il sert parfaitement son œuvre c’est-à-dire raconter une très bonne histoire à la fois légère et déchirante à la fois.

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