[Livre] Nouilles froides à Pyongyang-Jean Luc Coatalem : La critique

Publié le par Hamoniac

[Livre] Nouilles froides à Pyongyang-Jean Luc Coatalem : La critique

Les nouilles froides, si vous ne connaissiez pas, est un plat composé à la base de nouilles de riz ou de blé servi dans un bouillon froid salé, parfois agrémenté de glaçons et accompagné de viande ou de légumes. Repas rafraîchissant, il est bien évidemment souvent consommé en été et est reconnu à l’étranger pour sa qualité. Ce petit plat nous provient de la Corée. Ou devrais-je dire des deux Corées. Celle du sud, un état vivant et ouvert, moderne et riche, profitant du modèle capitaliste. Et l’autre du nord, renfermée sur elle-même sur une terre morte et hors du temps où rien ne s’éclaire la nuit. Dirigé d’une main de fer par un état militariste sans pitié et démagogue, le Duché. C’est bien ce pays qui nous intéresse aujourd’hui.

Jean-Luc Coatalem nous raconte dans Nouilles froides à Pyongyang son périple en RPDC (République Populaire Démocratique de Corée), soit la Corée du Nord, en se faisant passer pour un directeur d’agence de voyages accompagné de son ami Clorindre. Car en raison de son statut de journaliste, Coatalem n’est pas autorisé à entrer sur le territoire Nord-Coréen. Cependant, animé par une curiosité étrange et par une envie de jouer un rôle de de témoin, il décide de s’y rendre pour observer un peu mieux ce pays dont on sait peu de choses, à part par son agence de presse contrôlée par le Duché et ses actions militaires provocatrices reportées par la Corée du Sud.

Le livre suit donc les escales touristiques que le Duché les a autorisé à visiter, l’écrivain décrivant dans un journal caché ce qu’il voit et ses maigres relations avec leurs guides/chiens de garde et les habitants des localités. D’autres parties sont consacrées à l’explication de l’idéologie et l’histoire qui anime la RPDC, qui n’a de république que le nom, ses leaders et comment cela se répercute sur la vie de la population. Parfois, Coatalem parlera de ses lectures durant le voyage pour tromper l’ennui. Car l’ennui est bien présent. Les deux amis français ne pouvant se déplacer seuls ce qui gêne énormément Coatalem qui est d’un naturel curieux.

Concernant le contenu, le journaliste appuie notamment sur les faux semblants de ce pays qui servent uniquement les leaders :

  • Des statues et monuments gigantesques très bien entretenus, alors que la plus grande partie de la population vit dans des taudis
  • La mise en avant de la gastronomie coréenne, alors que les repas dans les hôtels sont frugaux et que la population meurt de faim.
  • La constitution du Duché parle explicitement de liberté d’expression, mais quand un haut-dignitaire du duché fait une remarque mineure au leader, il est exécuté avec sa famille au missile balistique ou au mortier.

Ces paradoxes constants sont très bien retranscris par Coatalem qui n’hésite pas à en parler avec humour. Notamment en se moquant du leader de l’époque, Kim Jung Il, qu’il nomme de noms plus mélioratifs et stupides les uns que les autres ! Cet humour sert cependant parfaitement le livre.

Il permet d’appuyer les éléments les plus atroces et invite à réfléchir dessus. Comment est-ce que des régimes peuvent-ils continuer à soumettre leur population pour assouvir leurs idées farfelues ? En occident cela est particulièrement choquant et ce livre nous permet ainsi d’ouvrir les yeux sur la nature humaine et comment elle peut être réduite à néant par un régime totalitariste. Coatalem nous permet de faire cela avec un petit livre facile à lire, bien rythmé et surtout humble. Car malgré ses maigres pérégrinations dans le pays, il essaye de nous informer un maximum sur ce qu’il voit tout en vérité.

Personnellement, je dois reconnaître que j’avais une fascination morbide pour ce pays. Je me demandais si c’était vraiment la réalité ? Est-il vrai que des gens continuent à vivre dans des conditions pareilles à cause de leur gouvernement fou et ce pas uniquement en Corée du Nord mais aussi dans d’autres parties du monde ? Je pensais être le seul à me poser ses questions et grâce à ce livre je me rends compte que non, à mon grand soulagement.

Voilà pourquoi je vous recommande ce petit livre qui bien qu’humble nous ouvre grand les yeux sur une autre réalité et nous permet d’en connaître un peu plus sur ce pays hors du temps.

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