[Jeu] Nier : La critique

Publié le par Hamoniac

[Jeu] Nier : La critique

Parfois, il y a des choses, malgré leurs défauts apparents et insupportables, arrivent à gagner notre sympathie. Que ce soit par l’apport d’idées novatrices, risquées ou qui apportent un certain cachet à l’œuvre. Mais c’est dans l’exécution que l’on trouve des problèmes. C’est malheureux et cela pour un certain nombre de raisons. Dans le cas de Nier, nous allons voir quelles sont ces raisons.

Il faut déjà savoir que Nier est un jeu spin-off de la franchise Drakengard, série de jeu d’actions très violent ayant lieu dans un univers sombre et magique assez novateur dans l’univers vidéo ludique. Ces jeux comme Nier ont été réalisés par le bien mystérieux Yoko Taro qui a chacune de ses créations cherche à chambouler les attentes des joueurs tout en exprimant son amour pour le média. Ces interviews sont d’ailleurs très honnêtes et sonnent justes, qualité que l’on retrouve peu dans le milieu.

Nier est donc un jeu d’action-aventure disposant de quelques éléments de jeux de rôle et était pensé pour apporter une autre vision de la série Drakengard. Dans cet épisode Taro voulait apporter ne histoire mature et engageante comparé aux autres RPG japonais, en profitant de son univers et de la puissance graphique des nouvelles consoles en 2010, la PS3 et XBOX 360. D’ailleurs le jeu devait être un peu différent pour chaque version : Un protagoniste jeune pour la Playstation 3 qui convenait plus au marché japonais et un protagoniste âgé pour la version XBOX 360 plus tournée vers l’occident. Les deux versions furent gardées pour le marché japonais, mais en raison d’un manque de temps pour le doublage, seule la version avec le protagoniste âgé fut distribuée sur les deux consoles en occident. Un problème qui n’augure rien de bon.

Yoko Taro à l'E3 2015 (n'est-il pas magnifique ?)

Yoko Taro à l'E3 2015 (n'est-il pas magnifique ?)

Une histoire intéressante mais mal exploitée :

Nier se passe dans un monde mourant post-apocalyptique où les humains ont atteint un tel niveau de technologie qu’une terrible catastrophe s’est produite. Celle-ci forçant les humains à revivre comme au moyen-âge tout en provoquant l’apparition de magie et de terribles créatures appelées ombres. C’est dans ce monde difficile que vit notre protagoniste Nier, père de famille d’une quarantaine d’années, chasseur et homme à tout faire de son étant et vivant avec sa fille malade dans un petit village. Cependant, la vie de Yonah est en danger et la maladie qui en est la cause semble être liée aux ombres. Nier va donc tout faire pour sauver sa fille.

L’histoire semble simple comme cela mais le destin de Nier et Yonah est bien évidemment étroitement lié avec le destin de ce monde. Mais… ça ne marche jamais…

Je ne me suis jamais vraiment senti investi dans le monde. Il y a très peu d’explications qui rendraient le monde plausible et intéressant. L’histoire est très linéaire : Yonah va pas bien, va chercher un truc, tue le gros monstre, reviens et répète. Aussi l’histoire n’est pas super bien présentée, il y a pas mal de cinématiques mais parfois les développeurs ont été obligés de caser des éléments importants de l’intrigue dans des scènes très statiques, exposées dans des boîtes de dialogue sans doublage ! Le même problème ce produit pendant les combats ! Les personnages parlent de sujets très importants mais on n’y comprend rien parce qu’on est concentré sur l’action ! La chef du village, Popola, est d’ailleurs un personnage très important dans l’intrigue. Mais on ne la voit que dans ces scènes sans vie et on ne sait finalement rien sur elle… à part qu’elle est portée sur l’alcool !

Ce problème de présentation rend les belles cinématiques remplient d’émotions et d’actions presque vides car on se fiche presque de ce qui va arriver à certains personnages. La fin par exemple, plutôt sympa, tombe complètement à plat car je n’ai pas compris les éléments importants de l’histoire ! C’est frustrant !

Je dis certains personnages, car les principaux sont originaux et intéressants. A part Yonah qui joue malheureusement le rôle de la petite princesse en détresse, le quatuor principal est plutôt cool. Le protagoniste est déjà un personnage qui peut paraître peu intéressant au premier abord mais devient de plus en plus complexe au fur et à mesure de l’histoire. Grimoire Weiss, un livre magique, volant et parlant avec un accent anglais absolument sublime, est un personnage qui apporte beaucoup d’humour à la troupe. Kainé, une femme, (certains fans pensent qu’elle serait hermaphrodite), violente, vulgaire et possédée par une ombre, est vraiment un personnage fort et touchant à la fois. Car derrière cette forteresse ce cache un véritable amour pour ses compagnons. Et enfin Emile, un jeune garçon poli et timide qui est malheureusement maudit par un regard qui transforme les gens en statues de pierre et vit aveugle et reclus à cause de cela.

Le groupe est tellement original et leurs passés sombres sont plutôt bien développés ce qui les rend très attachants. Ce n’est pas la seule chose que j’ai bien aimé. Un twist plutôt intéressant ce produit au milieu de l’aventure et change quelque peu l’ambiance du jeu qui était auparavant plutôt joyeuse dans quelque chose de presque bestial et morbide. Malheureusement, j’ai trouvé qu’ils n’étaient pas allés très loin avec cette idée et cela ne se ressent pas dans un changement d’atmosphère générale mais juste à des moments donnés.

La présentation des différents villages est intéressante car ils représentent les erreurs qu’ont faites les humains auparavant et qui les as conduits à leur perte. Un village reclus sur lui-même préférant la prudence plutôt que de se battre contre les ombres. Un village dicté par des milliers de règles stupides qui entravent la vie de ses habitants. Les ruines d’une ville remplie de robots vestiges d’une période technologique destructrice.

L’histoire ne m’a donc pas vraiment emballé. Mal exploitée et mal présentée, elle finit par être un élément que l’on met de côté notamment vers la fin du jeu, cette dernière étant pourtant sympathique. Heureusement les prémices et les personnages sauvent tout juste la mise avec leur originalité et leur sympathie.

Le personnage principal et sa fille Yonah.

Le personnage principal et sa fille Yonah.

Une direction artistique originale :

La direction artistique de Nier est vraiment impressionnante : bien que se passant dans un univers apocalyptique, les lieux rencontrés sont souvent moyens-âgeux et vivants avec leurs propres cultures plutôt que de vivre dans les ruines des humains précédents. Cela donne un véritable cachet à l’univers qui ne laisse pas indifférent.

Les effets de magie sont plutôt bien faits et très bien détaillés ce qui rend les combats et les cinématiques très dynamiques. Ces dernières sont d’ailleurs très bien dirigées mettant en avant les scènes d’actions. Les mouvements des personnages ont été aussi réalisés en motion capture ce qui les rend très réalistes. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le design des personnages principaux, des ennemis et des boss. Ces derniers étant d’ailleurs la plupart du temps gigantesques et vraiment mémorables par leurs formes originales.

On peut donc dire que Nier a une patte artistique bien à lui et cela est vraiment rafraichissant. J’émets cependant une réserve concernant le peu d’environnements proposés et sur les capacités techniques du titre qui laissent à désirer. On peut noter de nombreuses apparitions d’éléments de décors ou de personnages lors de nos déplacements dans les environnements assez vides. Ce qui casse vite l’immersion.

Aussi, chose étrange, à certains moments des cinématiques en 3D pré calculée sont utilisées alors que le reste des cinématiques sont faites avec le moteur du jeu. Ses cinématiques pré calculées sont très rares et, bizarrement, cassent la cohérence visuelle du titre et me semblent plus moches que les cinématiques "normales". C'est quand même bien dommage.

Kainé face à un très impressionnant boss.

Kainé face à un très impressionnant boss.

Une bande son impressionnante :

L'ambiance sonore n'a rien de particulier, elle est de qualité et représente bien ce qui se passe à l'écran. Mentions spéciales aux sons de magie et des monstres qui sont très convaincants.

Le doublage anglais est vraiment de qualité ce qui est assez rare pour les jeux japonais qui ont souvent des réalisations calamiteuses de ce côté-là. Il n'y a cependant pas une seule trace de doublage japonais, dommage.

J'ai beaucoup aimé le travail fait par les doubleurs de Kainé et de Grimoire Weiss qui sont très impressionnants, drôles et ce sont mis à fond dans leurs rôles.

Une ambiance sonore convaincante et un doublage de qualité… il ne manque plus qu'une bonne musique pour englober le tout !

La musique de Nier est tout simplement une des meilleures bande originale que j’ai pu entendre. La plupart des morceaux sont des chants interprétés dans une langue inventée. Chorale et orchestre pour moments épiques ou chanteuse et guitare pour les moments plus intimes ou émotionnels. Les partitions sont non seulement bien écrites mais en plus ajoutent de l’originalité à Nier. Tout cela notamment par le fait que les musiques réagissent en fonction de l’environnement.

Vous entendrez au départ d’une zone un morceau de guitare puis lorsque vous avancez vers la musicienne située au loin le chant commence à apparaitre.

Ou encore dans un donjon la musique de base est une chorale lente et imposante sans accompagnement musical. Mais lorsque des ennemis apparaissent des vibraphones et percussions s’ajoutent sur la partie déjà existante. Une fois le combat terminé la chorale continue seule à nouveau.

Cela ne parait pas grand-chose mais cela donne un véritable cachet à l’univers.

Les morceaux sont certes très beaux mais il y en a très peu. Ce qui fait que les moments émotionnels sont toujours accompagnés par la même musique ce qui peut devenir gonflant à la longue.

La musique du début est certainement la plus belle de tout le jeu.

La musique du début est certainement la plus belle de tout le jeu.

Un système de jeu intéressant mais frustrant :

L’exploration et les énigmes sont assez anecdotiques car peu difficiles. Le jeu propose aussi beaucoup de quêtes annexes pour obtenir des objets supplémentaires ou pour passer le temps. Malheureusement, elles sont très frustrantes car elles consistent tout le temps, et je dis bien tout le temps en des QUETES DE LIVRAISONS !!!

« Oh ! J’ai perdu mes œufs en arrivant au village ! Pourrais-tu aller m’en chercher ? »

Pars à 100 m.

Trouve des œufs.

Reviens.

« Oh merci ! Voici 100 pièces d’or pour ta peine ! »

Je sais que notre personnage principal est censé être un homme à tout faire, mais c’est tellement ennuyeux !!! Je dois reconnaître cependant que certaines d’entre elles proposent une petite histoire intéressante, mais cela n’excuse pas une mécanique vraiment dépassée et frustrante !

Les villes sont de véritables nids à quêtes annexes.

Les villes sont de véritables nids à quêtes annexes.

Heureusement après ça on peut aller se défouler un peu !

Le système de combat de Nier est plutôt agréable. Le personnage a la possibilité de réaliser une grande variété de mouvements et d’attaques, physiques ou magiques. Cela donne une grande dynamique aux combats. La magie est très puissante mais requiert l’utilisation d’une énergie limitée qui se recharge avec le temps. Il faut donc arriver à l’utiliser avec parcimonie et de compléter ses attaques avec des manœuvres d’esquives ou de combat au corps à corps. Un côté stratégique plutôt intéressant.

Cependant, ce système n’est pas dénué de défaut. Les sorts proposés sont certes très variés, une dizaine tout de même, mais la plupart d’entre eux sont très situationnels et peu efficaces à utiliser. Pour ma part, j’ai dut utiliser 3 ou 4 sortilèges sans faire attention aux autres. Aussi la garde du personnage principal est très puissante et arrête presque toutes les attaques, ce qui rend certains combats assez faciles.

Le système d’amélioration des armes est aussi très frustrant car non seulement les matériaux nécessaires sont très difficiles à obtenir, mais en plus il faut aller à un endroit spécifique du monde qui est très isolé alors qu’il aurait pu être placé dans les villages pour faciliter la chose. Et enfin j’avais l’impression qu’améliorer une arme n’avait aucun effet en combat ! Frustrant je vous dis !

Les sorts peuvent aussi être améliorés mais le ressenti et l’apport stratégique sont tellement minimes que, par dépit, j’utilisais tout le temps la fonction du jeu permettant de sélectionner automatiquement les meilleures améliorations…

Grosse déception cependant concernant vos alliés qui finalement ne font que de la figuration lors des combats et son juste là pour le style.

Par contre Nier propose d’utiliser trois types d’armes qui sont très différentes les unes des autres ce qui en plus un bon point. De plus l’utilisation des améliorations temporaires de santé ou d’énergie apportent un côté stratégique supplémentaire. Tout n’est donc pas à jeter !

Les combats peuvent être un peu brouillons.

Les combats peuvent être un peu brouillons.

Les ennemis et les boss sont très variés que ce soit dans leurs designs ou leurs façons d’attaquer. Malheureusement, les techniques d’attaques à utiliser sont toujours identiques et en plus ils ne disposent que de 2 ou 3 attaques. Ce qui rend les combats dynamiques mais très répétitifs.

Par contre, certains ennemis ont des attaques de type « bullet hell », terme emprunté aux jeux de tirs où le joueur doit éviter des essaims de projectiles qui se déplacent de façon très esthétique. Voir ce type de mécanique est très original pour ce jeu d’action en 3D en plus d’être un pur plaisir à l’œil. Malheureusement, à nouveau, ces attaques sont ruinées à cause de la garde surpuissante du personnage principal, ce qui enlève tout l’intérêt d’éviter les projectiles.

Enfin Nier apporte des moments de pur génie comme lorsque à certains moments les contrôles sont légèrement changés pour une section spécifique. Hop ! Vous voilà dans un plan en vue de côté sautant sur des plateformes. Hop ! Vous voici dans un donjon avec une caméra en vue de dessus. Hop ! Encore un donjon, mais cette fois ci qui se déroule sous la forme d’un texte, (moment, certes, assez énervant mais il faut le reconnaitre original).

Ces changements sont bien évidemment des références à d’anciens jeux et renforce le style si particulier de Nier.

Un exemple d'attaque "Bullet Hell".

Un exemple d'attaque "Bullet Hell".

Car du style Nier en a. Enormément d’ailleurs ! Yoko Taro avait, avec ce jeu, la possibilité de présenter sa vision mature et étrange du jeu vidéo, média qu’il chérit très probablement. Malheureusement Square Enix, l'éditeur de Nier, a dut restraindre le créateur au niveau budgétaire et c’est pourquoi je pense que le jeu n’a pas put atteindre son potentiel maximal. Car avec plus de musiques, plus de lieux à visiter, une meilleure présentation de l’histoire et un système de jeu paufiné, cela aurait pu être un chef d’œuvre !

Car à la base Nier a une véritable âme qui fait que malgré ses nombreux défauts, j’aime bien ce jeu. En plus le jeu est loin d’être bête, nous faisant réfléchir sur les actions des hommes et comment les personnages dans le jeu tentent de vivre avec. Et quand je peux réfléchir en m’amusant, je dis oui !

C’est pourquoi j’attends avec impatience le prochain épisode qui a été annoncé à l’E3 2015. Celui-ci est à nouveau édité par Square Enix. J’espère que Square Enix pourra proposer un budget plus conséquent que par le passé. Et j’espère que le partenariat entre l’équipe de Mr Taro et le studio Platimum Games, spécialisé dans les jeux d’actions, se verra être fructifiant.

Nier malgré ces problèmes de budget qui ont limité les possibilités créatives, reste une bonne pioche. Essayez d’oublier tous les problèmes dont je vous ai parlé et essayez d’apprécier la musique, les personnages, les séquences de jeu originales et l’ambiance décalée de ce jeu. Je vous assure qu’en creusant un peu on arrive à trouver une œuvre originale et marquante promise, je l’espère, à un bel avenir.

[Jeu] Nier : La critique

Voici la bande annonce du jeu.

Toutes les idées, images et vidéos présentées ci-dessus sont uniquement à but informatif et divulguées de façon amateur. Elles ne sont pas utilisées dans un but commercial ou à vocation commerciale.

Vidéo originellement uploadée par G4 Videogame Trailers.

Nier est une oeuvre de Square Enix.

Publié dans Critiques Jeux

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