[Film] Akira : la critique

Publié le par Hamoniac

[Film] Akira : la critique

En France, lorsque l’on me parle de long métrage d’animation japonaise on me cite souvent les Ghibli. C’est vrai que le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké (the best) et Le Château Dans Le Ciel sont des films absolument incroyables, mais on a l’impression qu’il n’existe que ça en occident ! En effet, l’animation japonaise peut être à destination de publics très différents alors que l’animation occidentale, à quelques exceptions près, est plus orientée vers les enfants. C’est pour cela que les Ghibli sont tellement connus, ils résonnent avec notre âme d’enfant (à part peut-être Mononoké) et nous transportent dans leur univers empreint de magie et de poésie. Mais à cause de cela, certains films qui sortent des conventions ou qui sont trop violents passent souvent sous le radar Français. A part celui-ci : Akira. アキラ.

Akira, comme 95 % de la production animée japonaise, est une adaptation d’une œuvre papier intitulée… Akira… Ce manga fût écrit et dessiné par Katsuhiro Otomo et publié de 1982 à 1990 dans le journal Young Magazine, l’adaptation cinématographique sorti quant à elle en 1988.

Celle-ci arriva en 1991 sur le sol français peu après le manga qui lui arriva en 1990 publié par Glénat. Cette sortie permit de démocratiser le manga en Europe et l’arrivée des séries animées de l’époque à la télévision comme Dragon Ball ou Ken le Survivant. En effet,

Akira a eu son petit succès à sa sortie grâce à ses thèmes matures, son animation impressionnante et sa violence graphique dérangeante, mais fut également décrié pour ses même raisons ! Je ne vais pas rentrer dans ce débat mais plutôt me concentrer sur la qualité du film qui je pense est un sujet beaucoup plus intéressant.

[Film] Akira : la critique

Une histoire complexe :

Le film s’ouvre sur un plan en hauteur de Tokyo en 1988 durant la troisième guerre mondiale. Au loin, un dôme de lumière blanche apparait et grandit rapidement jusqu’à engloutir toute la ville.

Saut dans le temps. Nous voici en 2019 à Neo-Tokyo ville délabrée ou règne violence et décadence, flottant en plein milieu de la baie de Tokyo. La ville est en proie à de violents affrontements entre police et étudiants soutenus par des fanatiques religieux. C’est dans ce beau petit bordel que vivent Tetsuo et Kaneda membres d’un groupe de motards qui passent leur temps à affronter les autres gangs plutôt que d’aller à l’école.

Au cours d’une de ces courses poursuites, Tetsuo percute un garçon traversant la route et se blesse grièvement. L’armée arrive par la suite récupèrant Tetsuo et le gamin, qui bizarrement n’a aucune égratignure, sous les yeux des autres membres du gang, impuissants.

Tetsuo est finalement admis dans un laboratoire qui réalise des tests étranges impliquant des enfants et la télékynésie. Kaneda décide d’aller sauver son ami d’enfance en s’alliant à la résistance qui veut faire arrêter les agissements du laboratoire et du gouvernement qui oppresse la population.

Ouf ! Ça en fait un synopsis ! Comme vous pourrez le constater l’histoire est assez complexe. Abordant différents points de vue, de nombreux personnages et surtout plein de thèmes différents. Tous ces éléments rendant le film assez dense et assez difficile à comprendre lors d’un premier visionnage.

Je vous rappelle aussi que le film est adapté d’un manga qui compte beaucoup d’éléments. Ainsi les faire rentrer dans un film de deux heures est assez difficile résultant dans un manque de détails narratifs ou de scènes qui donne l’impression d’être coupées ou rushées. A cause de cela certains éléments furent modifiés comme la fin qui n’aura rien à voir avec la fin du manga, la modification d’un rôle ou la suppression complète de certains personnages.

Malgré ces imperfections, l’histoire reste très intéressante et solide. Notamment dans la création de son univers glauque et de ses personnages mémorables. Le film se permet aussi des moments humoristiques avec le physique de certains personnages ou grâce à Kaneda qui fait souvent le guignol dans des situations désespérées.

Aussi, j’ai beaucoup apprécié le côté non conventionnel de l’histoire, il y a de nombreux rebondissements-malgré la fin qui fait un peu cliché mais sens-et la narration cryptique et complexe provoquée à cause du manque de temps, rend quand même le film fascinant pour tenter de comprendre le sens du film. Sur lequel je reviendrai plus tard.

Enfin, bien que l’histoire est très concentrée sur des enjeux politiques plutôt importants, Akira n’oublie pas ses personnages : La subtile relation amicale entre Tetsuo et Kaneda est assez touchante et intéressante avec un bon développement des deux personnages, chacun dans sa direction. Et un final brilliant. Je reviendrai également dessus plus tard dans ma critique.

[Film] Akira : la critique

Un dessin détaillé et une animation de qualité :

Mon dieu quelle claque visuelle ! Autant au niveau technique qu’au niveau artistique. Chaque plan regorge de détails qui rendent le monde d’Akira réaliste. L’animation est aussi extrêmement détaillée et complexe et ce même avec les personnages figurants présents en fond de champ. Les scènes d’actions sont toutes aussi impressionnantes et dynamiques mentions spéciales aux déformations physiques, les visions cauchemardesques et aux explosions qui m’ont vraiment bluffées !

On voit qu’ils ont eu du budget et je ne vois rien de mal à dire concernant la partie technique. Ils étaient tout simplement supérieurs à leurs concurrents qui travaillaient avec un budget beaucoup plus restreint.

La direction artistique est aussi très bien respectée, l’attention au détail fait bien sur écho au travail sur papier d’Otomo qui ne perd pas en qualité en passant en animation. Les décors souvent urbains ont chacun leur propre palette de couleurs et sont très variés. L’ensemble reste toujours très cohérent et très bien réalisé. Les personnages malgré leur grand nombre sont tous reconnaissables et réalistes avec une animation faciale qui peut paraitre bizarre parfois mais ajoute de la dynamique aux dialogues. Les scènes d’actions sont très biens dirigées avec un côté très prenant notamment au niveau des destructions qui font froid dans le dos et la violence omniprésente et peu censurée rajoute du malaise à l’œuvre.

Je trouve que Akira a du style, et ce n’est pas étonnant car je trouve beaucoup d’inspirations provenant de Blade Runner notamment au niveau architectural et de l’ambiance générale et ce film misait déjà beaucoup à l’époque sur son côté graphique. Cependant Akira a son propre style au niveau des couleurs et de la technologie de pointe moins présente que dans son ainé.

En bref, le dessin et l’animation sont parfaits et sont cohérents avec l’histoire et respectent la vision originale de l’auteur. Nous emmenant dans un univers glauque, varié et intéressant. Où ne règne que le chaos.

Des bruitages convaincants et une musique… surprenante…

Je n’ai pas grand-chose à dire concernant les bruitages ils sont biens réalisés et font leur travail rien de fou ou qui sort de l’ordinaire… voilà...voilà. Le doublage japonais est très bon et on sent vraiment les acteurs dans leurs rôles et le casting est bien réalisé notamment pour les enfants qui est plutôt convaincant.

Par contre, la musique c’est ce qui a vraiment retenu mon attention car je ne m’y attendais pas ! En voyant un film plutôt tourné vers la science-fiction je pensais avoir une bande son typée électronique ou rock. Mais pas du tout ! La musique est comme l’histoire non conventionnelle et rajoute un côté mystique qui fait dissonance avec le côté très urbain des visuels. C’est génial !

La musique est assez difficile à définir : Il s’agit d’un mélange de chants, d’orgues, de vibraphones et de cloches qui sont très déroutantes. Suivant le modèle des thèmes, les musiques sont répétées en fonction des scènes comme par exemple les cauchemars qui sont absolument terrifiants ! Je ne dirai pas que j’aime cette bande originale mais elle est suffisamment bizarre et originale pour permettre à Akira de rester mémorable.

Kay et Kaneda

Kay et Kaneda

Messages :

En faisant quelques recherches sur le film, j’ai découvert que beaucoup de personnes voyait en Akira une œuvre politique. Notamment en dénonçant l’utilisation de la bombe nucléaire et les deux attaques de Hiroshima et de Nagasaki perpetrée durant la seconde guerre par les américains et dont les japonais ont énormément souffert. D’ailleurs la scène d’ouverture du film fait écho à cet épisode traumatisant.

L’autre fait historique dénoncé est le projet MK ULTRA, organisé par la CIA durant les années 50 avaient pour but, grâce au partenariat avec de nombreuses universités, de trouver un moyen de contrôler les humains avec des psychotropes. Bien sur, des cobayes furent sélectionnés pour réaliser les exprériences et l’affaire qui fut révélée dans les années 70 fit scandale. Le film en parle au travers des tests étranges réalisés auprès des enfants emprisonnés qui leurs octroient des pouvoirs télékynésiques.

Cependant, ce n’est pas cela que j’ai remarqué en premier lieu. J’ai plutôt trouvé un message plus général et ouvert sur la vie en général. Comment l’humain peut-il utiliser les choses de la nature à son avantage et comment cela peut le détruire ? Encore un parallèle avec la bombe nucléaire et le projet MKULTRA...

C’est un peu générique comme thème, je sais, mais un autre m’est passé par la tête : La destruction de l’enfance.

En effet, on a souvent un parallèle entre les enfants ou adolescents du film et comment ils sont influencés par les adultes. Déjà les enfants qui subissent des tests qui modifient complètement leur apparence physique et les transforment en armes. Tout cela sous l’œil froid des adultes.

Comment Kaneda et son gang sont maltraités et délaissés par les adultes à commencer par ceux de leur propre école ! Comment les étudiants se rebellent contre le gouvernement qui les opprime. Kaneda et Tetsuo sont d’ailleurs ambassadeurs de ce thème car chacun ayant vécu une enfance différente et chacun a vision bien différente de la vie. Tetsuo est clairement déconsidéré par Kaneda au début du film. On comprend que cela est difficile pour lui et le rapport de force est complètement inversé au milieu du film. Chacun fera ses choix et seront tellement importants qu’ils changeront la face de Neo Tokyo.

Le thème de l’arrivée à l’âge adulte est certes très classique mais il est tellement bien amené dans le film que ça en fait une œuvre plein d’espoir dans un monde violent et injuste.

Tetsuo en mode super héros.

Tetsuo en mode super héros.

Conclusion :

Akira est un must pas seulement pour les fans de mangas ou d’animes mais aussi pour les personnes qui aiment la science-fiction et le cinéma en général. C’est une œuvre capitale en termes techniques qui influencera de nombreux auteurs par la suite. Bien sûr le film n’est pas sans défauts mais ceux-ci peuvent servir au côté mystérieux et adulte qui le rend toujours intéressant à regarder même encore aujourd’hui.

Je vous le conseille grandement, il est facilement trouvable en DVD dans une très bonne version restaurée avec les voix japonaises, françaises ou anglaises (à votre guise, j’ai tendance à plus regarder les films en version originale sous-titré français). Bref, profitez à pleine dents de cette œuvre marquante et n’hésitez pas à y revenir pour bien comprendre tous les événements et vous forger votre propre opinion.

[Film] Akira : la critique

Voici la bande annonce du film en japonais (non sous titré malheureusement).

Toutes les idées, images et vidéos présentées ci-dessus sont uniquement à but informatif et divulguées de façon amateur. Elles ne sont pas utilisées dans un but commercial ou à vocation commerciale.

Merci à Mr Mandefield de m'avoir autorisé à utiliser ses images présentes sur son site otakia.com (fan de geekeries en tout genres allez y jeter un oeil !)

Vidéo originellement uploadée par Akira 2019.

Akira est un film réalisé par le studio Tokyo Movie Shinsha et licencié par Dybex.

Publié dans Critiques Films

Commenter cet article